Lynfo-132 MAI 1968-2018

PRINTEMPS SOCIAL, CA CONTINU ! Il y a 50 ans, mai-68, le plus important mouvement social français de la fin du XXe siècle, la plus grande grève de l’histoire de France avec des millions de grévistes. Une action commune de toutes les professions, du privé comme du public, avec la jeunesse, pour peser sur les décisions politiques et patronales.

Après avoir délibérément résilié mon sursis pour étude, le 1er sept-1967 et avoir été incorporé illico au 75è RIP pour y effectuer un « faux-semblant » de classes, je suis affecté comme gestionnaire au self du quartier Général Frère avec la permission d’un « officier orienteur » m’autorisant à poursuivre mes études interrompues.

En contre partie, j’avais pour missions d’alphabétiser le chauffeur illettré affecté à mon service avec son 4×4 pour récupérer le ravitaillement quotidien aux « Subsistances » [1] devenues aujourd’hui « Centre culturel ». De plus, j’essayais autant que faire se peut de poursuivre mes études comptables par Télé Enseignement.

Les permissions journalières que je m’octroyais pour la journée restante et la nuit entière, étaient synchronisées entre ma contribution à un groupe de réflexion JOC sur notre vie, notre avenir et pour une société plus humaine, avec plus de liberté, de démocratie, de justice sociale … !

C’était parti pour une aventure rythmée entre une vie étudiante active en FAC de Droit du travail et de la Sécurité Sociale à Lyon 3, durant 16 mois (+10 jours de bonus*) d’un service militaire tout aussi actif y compris dans la rue avec les copains et les manifestants !

Et pour compléter le tableau, +10 jours d’arrêts*, pour acte de rébellion … pour s’être exempté de tire au PM afin de pouvoir rassasier la troupe, avoir participé à la rédaction de devises contraires à la discipline …. Cette accumulation d’initiatives, d’opportunités et de responsabilités a été déclencheur de prise de conscience collective mais aussi personnelle.

Cela a facilité bien des orientations et d’adaptations à la vie active, m’incitant avec la bande de copains à devenir acteur des changements profonds et indispensables de notre société, à imaginer des alternatives à l’ordre économique, social et culturel établi, à envisager un État au service de l’Humain et non du capital … De quoi donner des sueurs froides à ceux qui, aujourd’hui, se proclament « et de droite et de gauche » pour en liquider un héritage durement acquis.

Un printemps social 2018 qui s’inscrit aussi dans un contexte social très agité où retraités, étudiants, chômeurs, sans papiers, réfugiés, fonctionnaires, hospitaliers, cheminots, salariés de Carrefour, des Galeries Lafayette, des Ehpad, d’Air France … expriment leur mécontentement.

Les ordonnances Macron sur la loi Travail donnant les pleins pouvoirs au patronat pour abuser du droit de licencier, démolissant le Code du travail, démantelant les instances représentatives du personnel, réduisant les droits syndicaux, cassant les statuts etc. Des attaques tout azimut, y compris pour les retraites avec la hausse de +1,7% de la CSG alors que l’ISF est supprimé pour les riches, ce qui se traduit par la baisse de -1,84% sur notre pension nette …

Sans parler des attaques au droit au logement avec son cortège d’expulsions, la baisse de 5€ des APL.  Et dernièrement l’atteinte aux droits des personnes en situation de handicap pour lesquels « La République en Marche » a voté la diminution drastique du nombre de logements accessibles dont le pourcentage construit passera de 100 % à 10 % … loin de répondre aux  besoins des séniors. Un couple  de la résidence réclame sa mutation dans un logement adapté depuis l’hospitalisation à domicile de madame (89 ans) maintenant en fauteuil roulant et suite à l’installation de son lit médicalisé prenant toute la chambre, son ami (83 ans) à dû s’installer sur le canapé étroit du salon/cuisine. Depuis monsieur est tombé du canapé et attendent leur mutation dans un appartement où il puisse dormir sans risque dans un vrai lit

Pour la Santé, la même stratégie a conduit la majorité à vouloir supprimer dans la Constitution les mots « Sécurité Social » pour le remplacer par le mot « protection ». Face au tollé des syndicats, la REM a dû battre en retraite et retirer son amendement. L’objectif du gouvernement est de remettre en cause le système actuel de redistribution entre actifs et retraités, entre personnes bien portantes et malades … Au delà de ce recul des parlementaire REM, la logique de sape des fondements de la Sécu reste cachée dans le projet macronien.

Mai 68, a été incontestablement porteur d’avancées sociales et sociétales.

Certains médias tentent de faire croire à ceux qui n’ont pas vécu ces événements, que les syndicats ont été débordés et qu’ils n’ont pas vu venir Mai-68. La réalité est ou autre : hausse des prix, dégradation du pouvoir d’achat, attaque sur les acquis entrainèrent des luttes et des grèves importantes tant à Paris qu’en province

Rappel de quelques dates AVANT-PENDANT-APRES MAI 1968

  • 1954-1962 : guerre d’indépendance, de décolonisation ou révolution algérienne.
  • 1958 : crise de régime  tous les pouvoirs octroyés au Général de Gaule.
  • 1966 : Appel de tous les syndicats à manifester, les luttes se développent jusqu’en Mai-68.
  • Aout-67 : Ordonnances pour démanteler la Sécurité Sociale, grand acquis de la libération ;
  • Mars-68 : grève de 22 jours aux usines Rhodiacetat puis chez Berliet avec fermeture de l’usine
  • Mai-68 : A la demande de réalisateurs (Truffaut, Goddard, Berry, Malle, Polanski …) en solidarité avec les étudiants et les ouvriers le 21é festival[2] de Cannes est clôt de façon anticipée, sans attribuer aucun prix.
  • 17 mai-68 : grève nationale puissante pour défendre la Sécurité Sociale ;
  • 27 mai-68 : Constat de Grenelle, « un texte très important qu’aucune organisation syndicale à signé mais qui servira de base aux très nombreuses négociations ultérieures »
  • Le monde bout, la guerre du Vietnam bat son plein. En août-68 les troupes soviétiques mettent fin au Printemps de Prague, Martin Luther King est assassiné le 20 avril-68

    A ta santé, Gégé

[1] Couvent jusqu’au XVIIIe siècle, rebaptisé « Subsistances militaires » où se préparaient les rations des Poilus puis lieu de stockage jusqu’en 1991 servant à ravitailler les services de l’ordinaire (cuisines des casernes de la région, et transformé en 2003 en lieu dédié à la création artistique international.

[2] Festival de Cannes dont la Cgt est l’une des organisations fondatrices en 1946.

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Lynfo-128 CRISE DE FOI

« L’énergie des militants : du logement Cnl, Cgt, Po [1] … permet d’assurer malgré tout, et le rire gai-rit »

Jeannot mange tout ce que l’on lui donne, savoure son velouté du soir et s’il ne termine pas tout son menu il me laisse le finir … Avec ou sans calories, pour diabétique ou non, une chose est certaine c’est qu’il aime bien les choux à la crème fraîche, le Sunday de chez McDo, le chocolat à la liqueur, les bonbons au miel ou au sapin, les bouteilles de pousse-café … à en attraper une crise de foi même n’est pas bon pour son cancer du foie, mais qu’importe du moment que ça passe bien !

Jeannot a un regain de forme : il peste contre des prescriptions médicales bizarroïdes de HEH comme la « Lysopaïne sans sucre » pour soigner sa toux qu’on lui a refilé et qu’il m’a redonné ; il s’emporte contre le bleu de 15,7 cm de diamètre qu’il a constaté sur sa poitrine à son retour de la chambre de Perfusion (PAC)  implantant sous la peau  en vue d’une  chimio qu’il réfute : par crainte je ne sais de quels effets secondaires ou d’avoir à dépasser l’espérance de vie fixée par l’OCDE à 82,4 ans ! … il peste contre le régime … imposé par HEH, l’absence de vin, de café et de massages, mais plus contre l’absence de pain et de boursain accompagné d’un petit verre de vin millésimé … et du régime alimentaire dont il est miraculeusement dispensé depuis qu’il est au PG des invalides ;

L’iHôpital du futur !

Jeannot fulmine de devoir revenir sur les lieux du crime après avoir roulé pendant 24 ans pour les Hospices Civiles de Lyon comme chauffeur toute catégorie (tous permis) du Véhicule Sanitaire Léger pour la livraison du courrier, ou du PL au service de la blanchisserie devenue inter-hospitalière depuis. Il a raison de fulminer en voyant combien le manque de personnel soignant ou non dans les hôpitaux est aujourd’hui dramatique !

Jeannot ne sait pas pourquoi il a été exilé à l’Hôtel Pierre Garraud devenu « invalide », dans un lieu de retraite perdu la haut … sur la colline ! Mais là au moins son copain Barbar aura perdu sa piste ! N’importe comment son dernier Patron ne l’aurait pas reconnu, car il n’a jamais eu l’occasion de le croiser et cela depuis 15 ans qu’il est sous ses ordres. Un seul regret, Jeannot s’éloigne un peu plus de la viede ses ami(e)s, de sa famille et de Jojo sa personne de confiance qui le visitaient à HEH !

Jeannot a de quoi se rebeller quand on ne lui dit pas si cela va se terminer avant le 1er avril date d’un anniversaire à fêter auquel il compte participer ! Avec ses soins palliatifs (et pas seulement avec des pilules contre la constipation…)  les médecins s’acharnent à soulager sa souffrance physique, psychique, sociale et spirituelle, et à préserver la meilleurs qualité de vie possible … jusqu’à quand … sur une échelle de 1 à 12, se demande-t-il !

Je ne sais pas si ses dernières volontés testamentaires me sont favorables, ni les motifs de son choix pour vouloir terminer ainsi … mais aucun doute que les puissants patrons de l’ordre des hospitaliers ont eu le dernier mot dans leur décision de son lieu de repos … à lui donner le tournis en le transférant d’un lit à l’autre ou d’un établissement à l’autre ! Dur dur la fin de vie !

Retour en arrière sur Lynfo n°35 suite à ma redécouverte du milieu hospitalier mais comme patient cette fois, préfigurant une fin de vie heureuse racontée dans l’extrait de mon blog « atasantegege » de juillet 2013. Après m’être informé auprès de la Cgt de chez Léon sur le droit de me faire mourir, ou plutôt de me laisser mourir resté sans suite pour en avoir réchappé. Je consacre mes visites à Jeannot pour effectuer la mise à jour de mon article avec la loi Claeys-Leonetti du 2/2/2016 qui depuis, pose le principe que « toute personne a droit à une fin de vie digne et apaisée sous condition de directives anticipées, de décisions collégiales …« .
Les professionnels de santé peuvent maintenant mettre en œuvre tous les moyens à leur disposition pour que ce droit soit respecté. Des soins palliatifs 3] jusqu’à la sédation profonde et continue, substances antidouleur qui endorment à tout jamais, sous réserve bien sur de la prise en compte de la volonté du patient avant d’être en phase terminale … et d’avoir accessoirement établi son testament pour léguer, comme moi et Jeannot l’avons fait,  notre corps à la science pour la vie et la recherche.

On ne guérit pas d’un cancer, on en « ré-missionne » !

En mémoire de celle que j’ai en partie perdue avec ma dernière chimio, Jeannot m’a rappelé notre jeunesse sur les chemins de l’humanité … depuis Paris67 où il venait d’être promu aumônier de la JOC (F) … à Paris74 et plus tard avec notre équipe ACO … OUI aujourd’hui notre PO de Jeannot continue d’assurer malgré tout ! La vie est plus forte que la mort diront certains ! D’autres en rigolent jaune … normal quand il s’agit du foie !

A ta santé sacré Jeannot et que ta volonté soit faite ! Gardes courage car tu n’es pas encore tout à fait au bout du chemin ! Vive la Vie tant qu’elle peut être vécue en bonne santé ! A+ Gégé

[1] CNL : Confédération Nationale du Logement ; CGT : Confédération Générale du Travail ; PO : Prêtre Ouvrier

[2] Une des particularités du travail en soins palliatifs est l’importance des bénévoles. On compte de nombreuses associations : 2/3 regroupés à l’UNASP (Union Nationale des Associations pour le développement de Soins Palliatifs) ; 1/3 au sein de la fédération JALMALV (Jusqu’A La Mort Accompagner La Vie). L’accompagnant est un témoin, un être humain qui exprime simplement sa solidarité avec un autre être humain, dans le respect des différences et du désir de celle ou celui qu’il accompagne.

[3] Dispositifs offrant une prise en charge et l’accompagnement en soins palliatifs : Avoir le choix, c’est stressant

·       Service d’Hospitalisation à domicile d’une structure hospitalière, avec participation les professionnels libéraux du patient permettant de maintenir à domicile celle ou celui qui le désire.

·       Réseau de soins palliatifs coordonnant les autres structures et maintenant le lien entre les professionnels en charge du patient. Il participe activement au maintien à domicile des malades qui le souhaitent.

L’Unité de Soins Palliatifs (USP), structure d’hospitalisation d’environ 10 lits accueillant pour une durée limitée les situations les +complexes et/ou les +difficiles. Mission : soins-enseignement-recherche.

·       Au sein d’un service d’hospitalisation par une Equipe Mobile de Soins Palliatifs (EMSP) : prise en charge globale du patient et de son entourage. Mission : aide, soutien, écoute active, conseils aux soignants, assurer un repli des patients du domicile.

·       Le maintien au domicile requiert : disponibilité d’une équipe de proximité et de coordination (médecin traitant, infirmier(e), kiné, auxiliaires de vie, famille etc. ) ; capacité de l’entourage d’assurer ce maintien à domicile ; expertise médicale (évaluation de la douleur) ; expertise sociale et accompagnement psy si nécessaire ; mise en lien avec l’association de bénévoles d’accompagnement.